Tir à l'arc ou au bazooka

Bruno et Jean-Michel vont souvent chasser ensemble, dans la même forêt. Mais ils n’ont pas les mêmes goûts. Bruno est plutôt archer, tandis que Jean-Michel est plutôt bazooka.

Source du texte inconnue. Toute ressemblance avec des personnages réelles serait fortuite.

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Du coup, quand Jean-Michel va chasser, il se trimballe un gros sac, une arme très lourde, il fait beaucoup de bruit, il casse des branches en passant, et en plus il râle beaucoup parce qu’il est ralenti par ses bottes qui s’enfoncent dans la boue. Surtout, Bruno se déplace quand même beaucoup plus vite que lui, et, comme il fait moins de bruit, chasse beaucoup mieux.

Ce qui a tendance à agacer Jean-Michel, à la longue. « Non mais il fait n’importe quoi Bruno, il monte sur les arbres, il rampe sous les fougères, il ne respecte rien ! Est-ce que je monte aux arbres moi hein ? » Beh non Jean-Michel, tu as un bazooka, tu ne vas pas monter sur les arbres.

Des fois, des choses malheureuses arrivent à la chasse. Une mauvaise flèche, une roquette partie un peu trop à droite… Jean-Michel ne manque pas de signaler qu’avec tous ces archers qui traînent dans la forêt sans faire de bruit, il est obligé de faire vachement attention, ce qui le saoule un peu quand même, il est là pour tuer du gibier, pas pour faire gaffe à ses congénères amateurs de flèches ! C’est vrai qu’un tir de bazooka qui rate, ça tue à tous les coups, et je vous raconte pas le bordel, c’est toujours le mec qui a tiré la roquette qui est en tort, jamais l’archer qui était sur la trajectoire ! Comme la fois où Jean-Michel a confondu un sanglier et Bruno caché dans un buisson. Heureusement, Bruno est vif et il connaît son petit Jean-Michel, il a pu esquiver, mais malheureusement la flèche qu’il préparait est partie et a transpercé la gorge de Mamie Pédestre qui passait par là.

Tout le village a été ému de la mort de Mamie Pédestre, elle n’avait rien demandé à personne elle. On ne sait pas trop pourquoi, mais depuis cet accident, la communauté villageoise est obsédée par les archers, les accusant de tous les torts, oubliant au passage les désastres causés par les tirs de roquette manqués. Faut dire que pas mal de villageois chassent au bazooka, du coup il vaut mieux cracher sur Bruno que sur Jean-Michel s’ils veulent continuer. Comme les archers sont peu nombreux, ça marche assez bien, et Jean-Michel est désormais ravi de pouvoir défoncer en paix son gibier à coups de roquette et de gueuler sur Bruno après avoir couru un quart d’heure à toute allure pour finalement voir le lièvre qu’il suivait (oui oui, il faut au moins un bazooka pour buter un lièvre, ça évite d’avoir à le couper pour le cuisiner) depuis un quart d’heure transpercé d’une flèche venue d’on ne sait où.

« Je l’aimais bien Bruno quand même, il avait l’air de bien s’éclater avec son arc, et j’avoue qu’il avait un peu moins de bide que moi. Mais bon, comme je le dis toujours « Plus t’es gros, plus t’es fort, et plus t’as le droit d’y aller comme un bourrin ». Bruno, de son côté, continue d’utiliser son arc, même s’il est un peu emmerdé par le fait qu’une compagnie d’assurance de chasseurs au bazooka est en train de faire pression auprès de la fédé pour que les archers portent des gilets par balle. Histoire que les mecs comme Jean-Michel puissent faire encore moins attention, même si le gilet ne protègera ni Bruno ni Mamie Pédestre contre un tir de roquette…

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